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Joseph Souberbielle
promis juré

PAR GILLES MARCHAL ( lectures)

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Chapitre 1
Les héros à l'honneur

20/02/2006

Juin 1790. Ah si on en était resté là ! La toute jeune Nation française encore étourdie de bonheur par l'abolition des privilèges et la ‘moribonderie' de l'ancien régime, ne veut pas se montrer ingrate et tient particulièrement à distinguer ceux qui ont combattu et pris la Bastille, dont il n'est plus contestable aujourd'hui que c'est de Launay le gouverneur de la forteresse, resté sans ordres, qui en a ouvert les portes pratiquement sans combattre et qui pour la peine s'est fait estourbir et tronçonner sur le champ.

L'heure des commémorations a sonné et pendant que l'on prépare la fête de la fédération à travers tout le pays, (notre actuel 14 juillet) une commission de l'assemblée Constituante sous la houlette du député Armand Camus, s'efforce de réunir les candidats au « diplôme » de vainqueur de la Bastille. Le jour J, ils représenteront le symbole de la liberté conquise et défileront dans l'arène d'un jour follement acclamés comme il se doit par le bon peuple.

Utilisons les mots officiels qui ne manquent pas de solennité : «  L'Assemblée Nationale, frappée d'une juste admiration et soucieuse de témoigner sa reconnaissance à tous ceux qui avaient exposé et sacrifié leur vie pour secouer le joug de l'esclavage et rendre leur patrie libre... »

Mazette, ils sont 954 et il va falloir habiller, armer et décorer tout ce petit monde. Chaque ‘conquérant' se verra attribuer un uniforme, un fusil et un sabre, sans doute pour courir sus à d'autres bastilles avides de liberté. (À ce moment là Paris compte si l'on peut dire 10 prisons, 1 prison d'état : Vincennes, 1 prison militaire : l'Abbaye, 4 prisons ordinaires : Le Grand-Châtelet, la Conciergerie, la Force et la Tourelle et 4 prisons-hôpitaux ou dépôts : Saint Lazare, la Salpêtrière, Charenton (les fous) et Bicêtre. Dans moins de quatre ans, il y en aura plus de trente .) Sur le canon du fusil rutilant on peut lire gravé : Donné par la Nation à ... vainqueur de la Bastille . Une seule femme Marie Charpentier aura droit à ce titre. En revanche elles iront à la guillotine comme les copains. Liberté-Fraternité-Parité.

Que faut-il avoir fait de si grandiose pour être ainsi reconnu comme « vainqueur de la Bastille  ? » A priori pas des tonnes. Suffisait-t-il d'être présent lors de cette fameuse journée ? Même pas, un récipiendaire sur trois n'était pas là ou bien n‘a joué aucun autre rôle que celui de badaud sans compter la foultitude de combattants de la vingt cinquième heure. En revanche Joseph Souberbielle y était...


18 mars 1754 . Areu ...   ! Nous en ferons un prêtre', déclare sentencieux, Jacques Souberbielle régent des écoles de Pontacq dans le Béarn et heureux papa du petit Joseph. (Ironie de l'histoire il naît la même année que le futur Louis XVI.) Voilà une plaisante mais curieuse décision dans une famille qui compte une vingtaine de médecins. La vague révolutionnaire va d'ailleurs faire sortir de la sacristie quelques calotins comme les docteurs Félix Vicq d'Azyr ou Joseph Ignace Guillotin. La politique attirera Joseph Fouché, Claude Basire, (G*) François Chabot, (G) Jacques Roux (suicidé), Joseph Le Bon (G), Emmanuel Sieyès, Charles-Maurice de Talleyrand-Périgord, Pierre Victurnien Vergniaud (G) et bien d'autres...
(*Guillotiné)

Joseph adolescent préfère nettement aux ordres les ordonnances et un jour qu'il se trouve en visite chez un tonton chirurgien, ce dernier n'a guère besoin de l'entraîner loin dans les arcanes de l'art du découpage ; c'est décidé il soignera les corps, les âmes se débrouilleront sans lui.

Il apprend le métier, commis plus souvent à nettoyer les instruments qu'à ‘détailler' le patient. A vingt ans il connaît aussi bien l'anatomie qu'un honnête bourreau et monte à Paris comme on dit, pour achever ses études de médecine sous la férule de Pierre-Joseph Dessault puis entre au service des chirurgiens Ferrand et Chopart spécialistes des voies urinaires à l'hôpital de l'Hôtel Dieu.

On sait par ailleurs que Joseph Souberbielle a un lien de parenté avec le lithotimiste Jean Braseillac alias frère Côme, spécialiste de la maladie de la pierre qui officie à l'hôpital de la Charité et compte parmi sa nombreuse clientèle, Jean-Jacques Rousseau dont il connaît mieux le ‘fondement sur l'origine de l'inégalité des hommes ' que le philosophe lui même.

Le frère Côme a des relations, il a ses entrées sous la soutane de l'archevêque de Paris Monseigneur Christophe de Beaumont lequel a demandé que l'Emile' œuvre satanique de Jean-Jacques, ‘ soit lacérée et brûlée en place de grève et visite régulièrement Joly de Fleury, procureur général au parlement surnommé anus Dei qui a plaidé la même chose pour l'Encyclopédie . A priori c'est la voie royale et urinaire pour le jeune Joseph, sauf que le Frère Côme casse sa pipe en 1781.

A la veille du tsunami, Souberbielle 35 ans, se retrouve marié avec deux enfants et sans le diplôme de maître de chirurgie qu'il convoitait pour pouvoir s'installer à Paris. L'ostracisme dont il se prétend victime va le jeter tout droit dans la révolution dont les premiers craquements sont déjà perceptibles.

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Chapitre 2
Être dans les bons coups

21/02/2006

Un certain 14 juillet 1789, Souberbielle se rend pour affaires dans le quartier de la Bastille. Par curiosité il se joint à la foule de braillards vitupérants et se retrouve on ne sait trop comment au premier rang face à la forteresse. Le témoignage qu'il donne de sa participation est assez hasardeuse :  « ... Lorsque la grande porte fut forcée, je faisais partie du groupe qui se précipita dans l'intérieur. Je n'ai jamais oublié l'effroi qui s'empara de moi à la vue de ces cours de ces cachots. Tout y était calculé pour frapper de terreur les malheureux prisonniers. Et le sensible Joseph ajoute sans rire ... J'ai vu depuis toutes les prisons de Paris, pas une n'approchait l'aspect lugubre et terrifiant de la Bastille.»

En réalité, Souberbielle a du entrer dans la Bastille lorsque tout a été fini. Il ne peut avoir oublié que le pont-levis abattu par les émeutiers donnait sur l'avant-cour dite ‘du gouvernement' et c'est dans cette avant-cour que les suisses ont tiré. La porte principale de la forteresse n'a jamais été forcée mais ouverte par ces mêmes helvètes qui avaient cessé le feu.

Quant aux cachots qui levèrent le cœur du carabin compatissant, ils étaient archi-vides depuis des années. Les libérateurs ont trouvé sept personnes en excellente santé et qui sont parties sans même dire merci. J'ajoute que trois ans auparavant, le cardinal de Rohan donnait chaque soir un dîner de vingt couverts dont les restes somptueux engraissaient les ‘malheureux prisonniers' .Les visites étaient si nombreuses et l'entrée un tel foutoir que pour la première fois de son histoire Delaunay avait laissé la porte de la prison ouverte.

Dans la cohue et la fusillade de l'avant-cour, les séditieux laissent une vingtaine de morts sur le pavé ce qui n'est déjà pas mal (et non 80 comme on l'a inventé) en revanche les suisses désarmés puis massacrés ne rentrent pas dans le bilan. Souberbielle s'octroie volontiers un brevet d'assaillant mais somme toute il a fait ce qu'un honnête homme devait faire c'est à dire soigner les blessés transportés à deux pas dans l'église des Minîmes Place Royale (Aujourd'hui place des Vosges) ce qui est déjà fort honorable sans être obligé d'en rajouter. Comme il s'est dépensé avec humanité il est remarqué par la nouvelle municipalité et fait donc partie des ‘meilleurs citoyens de la ville'.

Ces fiers combattants seront recrutés comme piliers de la future garde nationale. Pour sa part Souberbielle est nommé chirurgien-major de la section des Quinze-vingt, le voilà dans l'amphi et le métier. Un an et demi plus tard, le 16 janvier 1791 l'ancienne Maréchaussée est remplacée par la gendarmerie nationale. Souberbielle est promu chirurgien en chef de la 35 ème division.

Monsieur Joseph tutoie désormais le haut du pavé politique. Après un bref séjour aux feuillants il se fait inscrire au club des Jacobins *. Prix de la carte 120 livres et présentation aux membres par dix parrains, autrement dit on n'y rentre pas comme dans ... la Bastille.
* Installé dans un couvent de Dominicains rue Saint-Honoré, à deux pas de la maison Duplay chez qui Robespierre avait son rond de serviette et son pot de chambre, ce club de la parlote verra tour à tour les différents courants révolutionnaires s'entre-déchirer. C'est dans ces murs que l'on fabriquera l'opinion publique et que l'on pilotera les assemblées. C'est très rigolo, les jacobins se sont appelés au début : Société des amis de la Liberté et de l'Egalité. Ils auraient pu ajouter : Et du pâté de tête maison, fournisseur exclusif de Charles Henri Sanson.

Joseph Souberbielle côtoie les stars des années 90, Marat, Danton, Barère, Desmoulins, Brissot et bien sur Maxou Robespierrounet avec lequel il nouera des liens d'amitié ce qui est assez étonnant de la part de l'incorruptible qui en comptait peu. Le (pas encore) docteur fait partie des indispensables utiles à faire mousser les orateurs en applaudissant de bon cœur aux harangues et diatribes ampoulées à la mode du temps.

 

L'assaut suisse de Strasbourg. »
(Je sais c'est idiot mais à haute voix ça m'fait rire)

Le 10 août 1792 va donner une nouvelle occasion au jacobin Jojo Souberbielle de se distinguer. L'affaire a démarré une semaine avant. Il faut bien avouer que l'Assemblée Législative ne gère plus grand chose. Le 4 août elle reçoit une injonction de la section des Quinze-Vingt à laquelle appartient le citoyen Joseph, à décréter la déchéance du roi pour trahison. Pour ce faire elle a cinq jours au bout desquels si le gros cochon n'abdique pas, les parisiens se soulèveront. (Aucun roi de France n'a abdiqué, même François Ier, prisonnier de Charles Quint a refusé) Vergniaud le Girondin président du moment, hausse les épaules et les députés ne donnent pas suite aux rodomontades de ces puduku (sans-culottes japonais) gueulards et poisons.

Le 9 août à minuit, le tocsin résonne repris par tous les clochers de Paris et donne le signal de l'insurrection. A six heures du matin les sections de sans-culottes, grossies des fédérés marseillais, bourguignons et bretons encadrés par les jacobins marchent sur les Tuileries.

Côté palais, on peut soi-disant compter sur 4.000 défenseurs. 900 suisses, 300 fidèles au roi et la garde nationale. Le procureur général syndic du département de Paris, Pierre-Louis Roederer se fait annoncer :

- Sire le danger est au-dessus de toute expression, la défense est impossible, ils sont 20.000 ...

- Hé quoi, nous nous défendrons jusqu'à la mort n'est-ce pas pépère ? Rétorque Marie-Antoinette en s'adressant au roi, un pistolet dans chaque main et un couteau dans l'autre. (Oui ça fait bizarre)

-
Heu ... ! Bah... ! Comment dire... ? Madame je voudrais éviter que le sang coule...

Le major Bachman, commandant des suisses chuchote : « Si le roi s'en va il est perdu ! » Mais le roi cède et va se réfugier à l'Assemblée. (C'est comme si le général de Gaulle s'était mis sous la protection de l'OAS.)

Huit heures, ledit Pépère XVI et sa famille ont déserté le palais. Viva la libertad ! Au début les assaillants pénètrent dans la cour du château comme dans du beurre d'autant plus aisément que la garde nationale fraternise avec les émeutiers et tourne ses canons en direction de la bâtisse. Malgré cela 200 suisses se défendent si bien qu'ils chargent et que le populo décampe sans tambour ni trompette. En revanche, ils ne sont pas 20.000 comme l'a dit Roederer mais quatre fois moins en comptant les colonnes de Santerre et d'Alexandre qui rappliquent.

Vers 10 heures le combat fait rage mais bientôt les munitions commencent à manquer côté Tuileries et pour couronner le tout si j'ose dire, le roi prévenu du carnage fait envoyer l'ordre de cesser le feu. On a dit que le message porté par le général d'Hervilly n'est pas parvenu au château mais cela ne change rien, à bout de forces et de munitions les hommes en rouge cessent le combat.

Commence alors une véritable tuerie. Les défenseurs survivants sont défenestrés, empalés sur des piques, pendus aux lampes, d'où l'expression venue jusqu'à nous : ‘Pendre l'Helvétie pour des lanternes' poursuivis et achevés dans le dédale des salons et des couloirs. C'est décidément une habitude pour la lie parisienne de s'en prendre à des ennemis désarmés. On écrase les p'tits suisses à la cuiller, d'accortes femmes du bon peuple, s'affairent à les dépiauter et s'emploient à les émasculer. Ca fera des bocaux pour l'hiver. Ah les braves gens !

A 11 heures tout est achevé. Côté bilan, 6 à 700 suisses sur 900 sont morts, on marche dessus. Les rescapés seront arrêtés et la plupart guillotinés. Les insurgés dénombrent 324 victimes et presque autant de blessés. Côté pouvoir 1 mort, s'en est fini de la monarchie constitutionnelle.

Joseph Souberbielle était là derrière les grilles du Carroussel, à panser, recoudre, nettoyer. Une fois encore il obtient les félicitations du jury et dans la foulée le titre de Chirurgien-major de l'Armée révolutionnaire.

L'Histoire retiendra que le « peuple de Paris » a pris le Château des Tuileries. Cependant rien n'est plus faux ; 47 (sur 48) sections ajoutées aux clubs populaires et renforcées d'éléments de la garde nationale soit à peine 5.000 hommes (1% des parisiens) ont eu raison du pouvoir.

Désormais la Commune insurectionnelle va dicter sa loi à l'assemblée Législative qui va remettre les clés à la Convention, avec à sa tête, celles de Hébert, Chaumette, Marat, Billaud-Varenne, du futur général Rossignol, du tristement célèbre cordonnier Simon, enfin de tous les agités du moment sans oublier Robespierre qui manipule tout ce petit monde jacobin et qui siège prudemment au conseil général.

Et Souberbielle dans tout ça ? Le bon « docteur » s'est encore rapproché de son héros car peut-être l'ignorez-vous, le pudibond Eliott Ness souffre de varices. Ah mon Dieu qu'c'est embêtant le petit avocat d'Arras est souvent patraque, ce n'est pas la rate mais la veine qui se dilate. Alors le fidèle Soubi lui rend visite dans la chambre que la famille Duplay a mise à sa disposition et le soulage par l'application d'onguents, de massages et de ‘jacobins-de-pieds', assisté d'Eléonore la fille aînée de la maison, secrètement amoureuse de ‘l'anti ami bidasse'. Pauvre Eléonore, malgré des soupirs dignes d'un phoque moine bronchiteux, échoué sur une plage du Croisic, le péché de la chair ne tente pas bézef le vertueux incorruptible, surnommé « d'Arras Boulba ».

En revanche le dévoué Soubi n'interviendra pas pendant les massacres de septembre 92 perpétrés dans les prisons et hôpitaux par une poignée d'artisans-commerçants-égorgeurs, pris d'une folie collective en cela bien manipulée par Louis Stanislas Fréron et Paulo Marat que l'on ne présente plus. Cela dit pourquoi faire, il n'y aura pas de blessés. (A la question posée sur le sort des prisonniers, Danton ministre de la justice et ami de Souberbielle avait finement répondu... «  Je me fous bien des prisonniers qu'ils deviennent ce qu'ils pourront.  » Sacré Georges !

A SUIVRE

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Chapitre 3
Être dans les bons coûts

22/02/2006

Le 10 mars 93. Danton monte à la tribune et tonne : «  Il faut se montrer terrible pour empêcher le peuple de l'être... » Après des débats houleux entre les fous de la révolution que sont pour quelques uns Tallien, Jean Bon Saint André, Carrier le moniteur de natation, le peintre David et les modérés péteux, les députés votent la création d'un Tribunal extraordinaire grâce auquel on va enfin pouvoir débarrasser la Nation des conspirateurs et autres malfaisants qui assassinent le peuple sans possibilité d'appel ni cassation qui pour l'heure laisse trop souvent les bourreaux au chômage technique. Joseph Souberbielle, pistonné par Robespierre, fait partie des heureux z'élus de cette fraîche émoulue monstruosité juridique.

Comme il n'est pas plus magistrat que praticien, on va tout de même lui trouver un petit boulot en lui confiant des responsabilités médico-pénales. Cet anti-chambre de la mort qu'est le tribunal ce que personne ne conteste, va se munir d'un service de santé à l'usage des dames.

Joseph Souberbielle attend sagement le verdict de mort pour récupérer et examiner les donzelles qui se déclarent grosses avant de les expédier dans les charrettes ou dans les prisons. Pour cet exercice de la médecine pour le moins douteux, le gynécologue amateur est payé 3.000 livres .

En effet, dans son immense bienveillance, la loi accorde aux femmes enceintes un sursis, le temps d'accoucher. Celles qui montent au tribunal sont au courant de ce répit et quelques malheureuses au dernier moment se cabrent devant l'horreur et se déclarent enceintes.

Le bon ‘docteur' qui doit sûrement trouver la Conciergerie plus accueillante que la Bastille (?) entre en scène, assisté d'une sage femme et examine autant au ventre qu'à la tête de la cliente. Un procès-verbal est envoyé à l'accusateur public qui décide de surseoir... ou non, jetant par la même occasion à la poubelle de l'Histoire un édit datant de 1670, au siècle barbare de Louis XIV, précisant que le doute sur une grossesse devait toujours profiter à la femme condamnée.

Pour le cas ou la gestation est reconnue, la parturiente est enfermée à la conciergerie ou à l'Evêché jusqu'à la délivrance. Dès le premier ‘ouiiin' la mère a le cordon coupé quasiment en même temps que la tête, tandis que le nouveau-né est conduit à l'hospice.

La veuve du général Pierre Quétineau 37 ans (Guillotiné pour avoir évacué Bressuire) elle même condamnée à mort pour le motif qu'elle est l'épouse de son mari et qu'elle a conspiré avec Hébert qu'elle ne connaît même pas, sera reconnue pleine par le bon Soubi. Sa grossesse aurait du la mener après le 9 thermidor et du coup la sauver. Pas de chance, la v'la-ty pas qu'elle nous fait une fausse couche ! Allez hop, il faudra la porter toute chancelante sur l'échafaud.

C'est dans cette France libérée du joug despotique que se déroulent de pareilles scènes, au siècle des lumières et des philosophes, il conviendrait de ne jamais l'oublier. C'était une autre époque diront certains ! Eh bien non, il s'agit de celle dont nous sommes accouchés ... avec nos droits de l'homme, resservis et sempiternellement réchauffés.


Professionnels et payés.

Le 17 septembre 1793 marque une date importante dans notre histoire. Le Comité de salut public qui dirige en fait le pays fait adopter par la Convention sur proposition de Merlin de Douai, la loi dite « des suspects » En dehors du fait qu'elle institutionnalise la terreur sur tout le territoire par le droit de perquisition et d'arrestation au domicile, elle va faire de nous français, les champions du monde de la délation et ce n'est pas la période de l'occupation teutonne de 1940 à 44 qui risque de nous faire perdre le titre.

La liberté d'expression ou d'opinion est désormais passible de la peine de mort. Tout individu considéré douteux aux yeux d'un voisin haineux ou jaloux, ou qui sera victime d'une histoire d'héritage, d'un harcèlement ou du chantage d'un sans-culotte ou d'un policier véreux, pourra être dénoncé comme étant un ennemi de la liberté et traduit devant le tribunal révolutionnaire. Pour exemple le député Marc Vadier qui s'est vu refuser pour son fils la main d'une jeune fille va jusqu'à écrire à Fouquier-Tinville. L'accusateur public, accuse réception du courrier puis dans la foulée du père peu conciliant. Sans aucune charge ‘l'accusé monte au tribunal à 10 heures, à midi il est condamné, à deux heures il part dans la charrette de Sanson à quatre heures il n'est plus. Cette période de règlements de comptes se poursuivra jusqu'à la chute de Robespierre. Ensuite il en viendra d'autres.

Ce tribunal si cher à Danton et Carrier, ne prendra son vrai nom qu'en octobre 93. En attendant il faut tout de même lui donner une apparence officielle, un semblant de structure. Il sera composé de cinq magistrats qui auront la particularité d'être accusateurs et juges, de deux substituts et de douze jurés. Pour ces derniers le tout est de les trouver. A priori cela ne doit pas être difficile et très vite apparaît une première liste de vingt quatre noms comprenant douze titulaires et douze suppléants.

Baste ! Les heureux nominés ne montrent pas un enthousiasme débordant. La plupart sont de bons républicains mais qui devinent bientôt à quoi ils vont servir et surtout quelle justice ils doivent rendre quand on leur apprend sans détour qu'il faudra laisser à l'extérieur leur âme et conscience et toutes ces niaiseries liberticides.

En conséquence la boucherie de plein air de Charles-Henri Sanson & fils démarre petitement. Ca renâcle, ça palabre, les verdicts rendus n'atteignent pas les quotas espérés. Cette bonne justice révolutionnaire doit revoir sa copie ; à défaut de convaincre les jurés réticents au bien fondé de l'épuration, et comme on ne peut pas (encore) se passer d'eux, on va tenter de les acheter en l'occurrence par une prime de dix huit francs par jour, trois fois plus qu'un salaire moyen. Rien à faire, ceux qui se présentent aux audiences se montrent par trop indulgents.

Finalement Fouquier-Tinville va se plaindre aux tyranneaux du comité, du rendement bâclé par ces jurés mous et trop bienveillants à l'égard des ‘méchants espions de Pitt et Cobourg* qui veulent égorger la république'. (Sic) *Il s'agit du ministre anglais William Pitt et du prince de Saxe-Cobourg. Les policiers et autres sectionnaires qui ignorent tout de l'un et de l'autre, arrêtent les gens en pleine rue en les traitant d'agents de Pitt ou de Cobourg selon le degré d'ânerie qu'ils véhiculent.

Et la Convention aux ordres de ce comité de salut public et de la sûreté générale approuve ce qui lui a été dicté. De la dictée à la dictature il n'y a qu'un trait de plume. Il est vite tracé.

Le tribunal révolutionnaire ne comportera comme jurés, que des hommes sûrs. L'accusateur public Fouquier-Tinville les appellera : « Ses solides ». En outre ces jurés le seront à titre définitif, en clair ce seront des professionnels rétribués. On chuchote par dérision qu'ils sont, non pas tirés mais « triés au sort ».

Souberbielle évidemment fait partie du lot. A-t-il postulé ou alors son brevet de jacobin pur porc l'a-t-il désigné d'office ? Lui bien sur prétendra qu'il a tout tenté pour s'y soustraire ... Il en a eu trois fois l'occasion ; il est resté. Pardon Joseph mais certains l'ont fait, Cabanis et Pinel pour ne citer que des collègues, médecins ceux-là.

A SUIVRE

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Chapitre 4
La belle équipe

24/02/2006

Il y a aujourd'hui deux façons de présenter ces jurés élus et disciplinés. Certains ont exagéré en les donnant pour un groupe d'analphabètes alcooliques assoiffés de sang. D'autres sombrent dans l'apologie commode et en font d'honnêtes petits bourgeois ou artisans, ardents patriotes fiers de cette justice qu'ils assurent rendre au nom du peuple. J'ai la faiblesse de penser que selon les circonstances, recto ou verso de notre histoire, nous serions quasiment tous capables d'être ces hommes-là, c'est à dire ceux qui ont refusé, ou les autres...

La meilleure façon de vous faire votre opinion est encore de vous en présenter et d'en faire parler quelques uns. Il y a parmi eux des peintres François Gérard, Topino-Lebrun, Ecoutons Prieur l'auteur des Tableaux de Paris pendant la révolution «  Peu importe que les accusés soient convaincus des faits qu'on leur reproche, si, d'ailleurs ils sont nobles, prêtres, si enfin ils ne sont pas de bons républicains,(?) C'est un moyen de s'en débarrasser.» Il n'a pas un regard pour ceux ou celles qu'il a condamnés d'avance et dessine des femmes à poil pendant les procès bidon.

Châtelet ne se prétend satisfait «  que si on lui donne 80.000 têtes  ». Il a pris la bonne habitude, dès qu'un huissier lui remet la liste des malheureux avant qu'ils comparaissent, d'apposer un F devant chaque nom (foutu) et pendant l'audience il s'essaye à caricaturer les accusés. Laviron menuisier cousin de madame Duplay veut 200 têtes par jour autrement il s'en va. Baudement un jardinier réclame 70.000 têtes. Et la liste continue ; Roussillon un chirurgien qui finira juge, Camus, Sambat, Lebeaux greffier, Fualdes un magistrat, Victor Aigouin un banquier, des ‘hommes de l'art' dont Souberbielle, Vilate élève de Corvisart, un petit poilant de vingt quatre ans. Un jour pendant la délibération il s'esclaffe : «  Les accusés sont doublement convaincus ; voilà quatre heures et je n'ai pas dîné, ils conspirent contre mon ventre » . Antonelle un noble, Pierre Nicolas Leroi qui se fait appeler Dix-Août, un autre Leroy marquis de Monflabert qui se prend pour Bayard : «  Impassible comme la loi, ferme à mon poste, je remplirai mon devoir sans peur ni reproche » Julien Paillet prof de rhétorique, Masson cordonnier, Ganney perruquier (fournisseur de Maximilien), Aubry tailleur, Compagne orfèvre, Deveze charpentier, Trinchard le menuisier auvergnat, Duplay le logeur de l'incorruptible dont il faut bien préciser qu'il n'est pas le brave artisan qui se serre un peu pour accueillir ‘l'Etre suprême de volaille' mais un homme tout à fait à l'aise qui reçoit 12.000 livres de loyers et pas en assignats sans compter les travaux que lui commandent la Convention pour complaire à son tout puissant locataire. (Duplay accueillera également Augustin Ropespierre, le petit frère surnommé Bonbon et sa sœur Charlotte.) Chrétien cafetier qui n'a pas de temps à perdre et dit à qui veut l'entendre : «  Moi je suis convaincu d'avance  ». Des gens sommes toutes, affreusement ordinaires.

Un historien que je ne nommerai pas puisqu'il prend un pseudonyme, imaginant sans doute atténuer l'affaire assure : «  Il n'existait au sein de ce tribunal aucun représentant des sans-culottes » Ah cette mémoire quand elle s'en mêle et puis il y a eu des sans-culottes, naïfs sans-doute mais honnêtes... Après thermidor, Trinchard déjà cité, face aux juges, non plus comme juré mais comme accusé s'explique : «  Un juré révolutionnaire n'est pas un juré ordinaire, nous n'étions pas des hommes de loi, nous étions de braves sans-culottes... » Comme quoi, on peut la baisser ou la porter.


Les copains d'abord.

Je vous ai cité quelques jurés, voici d'autres particuliers. Ceux-là arrivent en général ensemble bras-d'ssus bras-d'ssous au tribunal vers 10 heures du matin. Ce sont Nicolas un imprimeur, Didiée serrurier, Pierre-François Girard qui un jour interpellera un accusé : 

- « Tu as un frère aristocrate !

-  Je n'ai pas de frère, répond l'interrogé !

- Eh bien si ce n'est toi ni ton frère, c'est donc ton père, La Fontainise-t -il ! »

Et Voilà comment on envoie les gens au massicot. Fillon ancien aide bourreau, Emery un chapelier, Gravier vinaigrier, Garnier-Launay juge par piston. C'est lui qui aura l'idée d'organiser des repas citoyens où l'on se retrouvera autour d'une table dressée dans la rue, chacun apportant ce qu'il peut. L'idée n'était ma foi pas idiote mais avait deux lectures : La confraternité certes mais sous surveillance policière. (L'URSS reprendra le même schéma sectionnaire avec des rapporteurs dans chaque immeuble.) Lohier également juge qui tient une épicerie, Renaudin luthier de son état, Brochet qui habite la maison de Billaud-Varenne, Pigeot coiffeur.

Et pourquoi ces braves gens ont-ils un passe-droit horaire ? Et bien tout simplement parce qu'avant d'aller ‘travailler à assainir la liberté' ils vont chercher le camarade Robespierre rue Honoré pour l'accompagner à la Convention. Ce sont en effet la garde rapprochée du ‘maître' de la liberté.

Cela dit, l'incorruptibilité du ‘petit chapon rouge d'Arras' en prend un sérieux coup car tous ses affidés ont des postes un peu partout dans les rouages de l'état. A défaut de ‘petits pots de beurre les petits pots de vin circulent bien. Un juré condamne systématiquement à mort pour 6.500 livres l'an, tous les cousins et parents de la famille Duplay trempent une louche épaisse dans la déjà pauvre soupe républicaine mais Robespierre pouvait dire sans risque ; ‘je n'ai aucun enrichissement personnel à me reprocher' Un bel exemple est celui du citoyen Calandini compère de Duplay, savetier de son état qui ne sait ni lire ni écrire qu'à cela ne tienne on en fait un adjudant général, chef de la troisième division de l'armée du nord.

Dès potron jaquet, toute la bande se retrouve à la menuiserie chez ‘Dudu la varlope' pour casser la croûte. Lohier le ‘juge-épicier' apporte la bouffe, Paris crève de faim mais la maison Duplay ne manque jamais de rien. (Le Papa aura le grand honneur de raboter quelques planches afin de préparer la fête de l'Etre suprême, pour une modique facture de plus de 60.000 livres .) Pendant qu'on s'empiffre aux frais du peuple joyeux et libre, Pigeot poudre et arrange la perruque tandis que Souberbielle soigne les mollets du valétudinaire Robespierrot.

Oui, le point commun entre ces hommes, c'est qu'ils sont tous au service de Maxime et qu'ils habitent à proximité de la maison Duplay qui devient le Quartier général de la Terreur. On se rend de menus services, on donne dans les petites combines. Pour exemple le juré Souberbielle toujours pas médecin mais nommé chirurgien en chef de l'école de Mars, envoie une lettre à l'accusateur Fouquier-Tinville avec en en-tête «  Citoyen et ami  » lui assurant que le cousin recommandé par l'accusateur a bien été nommé infirmier chef ainsi d'ailleurs que deux potes à lui. Reste plus qu'à leur apprendre le boulot.

Voilà ce qu'un système judiciaire populiste a pondu. Une poignée d'hommes d'une navrante banalité a le pouvoir et le devoir au nom de la Liberté (?) de supprimer des milliers de vie ...

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Chapitre 5
Être dans les bons cous
16 octobre 1793

27/02/2006

La salle de la Liberté la bien nommée est silencieuse. La poltronnerie étant bonne conseillère par les temps qui courent, les avocats commis d'office Chauveau-Lagarde et Tronson-Ducoudray en ont terminé avec leur plaidoirie pour la forme et surtout sans un mot plus haut que l'autre au risque de se retrouver avec une coupe de cheveux à hauteur de la pomme d'Adam. Quatre questions sont soumises aux juges et aux jurés. Il me semble inutile de revenir sur ces charges tant elles sont aujourd'hui considérées comme ineptes.

Une heure après, tous répondent à toutes les questions qui leur ont été soumises avec un bel ensemble et à haute voix ; coupable, au sens aiguisé du terme.

Vers quatre heures du matin, le président Armand-Martial-Joseph Herman, grand triste corbeau noir emplumé, entouré des juges Gabriel Deliège, Joseph-François-Ignace Donzé-Verteuil, (moine défroqué) Pierre-André Coffinhal (alcoolique celui-là) et Antoine-Marie Maire vêtus à l'identique, fait revenir la reine de France dans la salle du tribunal. Aucune responsabilité sérieuse n'ayant été retenue contre elle, Marie Antoinette a repris confiance.

- Antoinette, voilà quelle est la déclaration du jury. Vous allez entendre le réquisitoire de l'accusateur public...
Curieux qu'il l'ait appelée par son demi prénom, et pourquoi pas ci-devant poulette... ?

Evidemment c'est la mort. A 4 heures 30 elle est reconduite dans son cachot de la Conciergerie , hébétée et exténuée de fatigue. A-t-elle seulement reconnu parmi les jurés, cet homme qui était venu la soigner de ses hémorragies incessantes dans sa geôle humide sous l'œil goguenard de deux gendarmes ? Conscient de l'état de cette ‘quinquagénaire' de ... 38 ans, aux cheveux blanchis par le chagrin, le docteur-juré Souberbielle avait pour tout traitement, ordonné un bouillon de poulet même pas confiné et demandé à ce qu'on la change de cellule et là pour le compte, il l'envoyait à l'échafaud.

Vers 7 heures Rosalie Lamorlière une servante des Richard dont le mari est concierge à la prison, apporte un bol de bouillon à la reine recroquevillée, la tête posée sur sa main et ne peut que constater qu'elle perd tout son sang. Alors, un peu plus un peu moins ...

Plus tard Souberbielle regrettera et parlant de Marie-Antoinette confessera : «  Nous avions tous la fièvre de la liberté, aujourd'hui je ne la condamnerais pas. Ses fautes avaient été assez expiées par ses malheurs inouïs ».

François Trinchard, toujours lui, apprend la bonne nouvelle à son frère par ce billet : «  Je t'aprans mon frerre, que je été un des jurés qui on jugé la bête féroche qui a dévoré une grande partie de la République , celle que lon califiait cidevan de Raine... » Déjà qu'il confond la reine de France avec la bête du Gévaudan, l'orthographe aléatoire du brave Trinchard ne me fait même pas sourire, au 18 ème siècle deux personnes sur trois étaient totalement analphabètes. Aujourd'hui grâce au labeur acharné de nos multiples ministres de l'Education Nationale principalement occupés à laisser une t'ite pisse sur le tronc-tispice de l'arbre de la réforme, tels des félinets marquant leur territoire, le constat est sans appel ; une personne sur trois est quasiment ‘ilétré' et ce ne sont pas les enseignants qui me font la gentillesse de me lire, qui me contrediront. Bon allez, une sur quatre mais je n'iré pa O-delà !


Aux suivants...

Cela fait à peine huit jours que l'épouse de Louis XVI a rejoint son mari au cimetière de la madeleine que débute le procès de 21 députés girondins. C'est une affaire politique et rien d'autre. Il s'agit simplement du maintien de l'équipe parisienne aux affaires (Commune, comités, jacobins) par l'élimination physique de l'autre jugée trop libérale et décentralisatrice. Coupables d'avoir voulu lancer une attaque contre Paris, ces factieux provinciaux, aisés bourgeois et royalistes (?) devenus gênants doivent être éliminés. On leur reproche de vouloir réduire la capitale au 1/83 ème d'influence et de responsabilité du pays et surtout de prôner le caractère sacré de la propriété. De fait les Girondins sont anti-foutoir et anti-communistes. Le Marais pusillanime a pris fait et cause pour la montagne, le 22 juin les Girondins ont été virés de l'assemblée et les voilà ce 24 octobre devant leurs juges. Ils devaient être 98 mais Robespierre magnanime ne l'a pas souhaité : « ... Il en est beaucoup d'égarés, beaucoup de bonne foi. »

Joseph Herman préside. Juste en dessous quatre juges, Denizot, Scellier, Ragmey et Foucault qui agace les accusés en leur demandant à tout bout de champ: C'est votre dernier mot ? A leur droite Fouquier-Tinville. Face à face les Girondins et les jurés. Tous les ‘solides' ont été requis. En outre, il n'y a que des témoins à charge.

Derrière des barrières les audiences étant publiques, la foule s'entasse, pour la plupart des gens oisifs ou désoeuvrés. Quelques uns sont là, payés pour applaudir les juges et huer les condamnés, tout le monde le sait. Les abords du tribunal sont une honte, des filles publiques s'y prostituent, on fait ses besoins dans les recoins des mendiants viennent y passer la nuit, voilà le spectacle donné par la justice révolutionnaire dans toute sa grandeur. Et je ne vous parle pas de l'odeur comme dirait l'homme qui veut faire manger du poulet à la France entière.

On peut constater la présence de Gaspard Chaumette et de Jacques-René Hébert représentant la commune et font office d'accusateurs. Une bonne moitié des Girondins étant hommes de loi, le procès s'annonce interminable, Fouquier n'en dort plus, l'enragé Hébert y va de sa plume élégante : « Foutre !... Faut-il tant de cérémonies pour raccourcir des fripons que le peuple a déjà jugé ? » Eh bien justement le peuple qu'il ne faut pas confondre avec la populace sectionnaire ne semble pas hostile à ces girondins tatillons qui défendent moins leur peau que leurs travaux. Il ne me paraît pas inutile de rappeler le nom de ces bourgeois qui rêvaient d'une France décentralisée. (Ça fait sourire aujourd'hui) Aucun n'avait songé qu'en tuant le roi il se tuait ; Jean-Pierre Brissot 39 ans, Jean-François Ducot 28 ans, Charles-Alexis Brûlart-Sillery 57 ans, Pierre-Victurnien Vergniaud 35 ans, Armand Gensonné 35 ans, Jean-Louis Carra 50 ans, Jean-François-Martin Gardien, Claude Fauchet 49 ans, Jean-Baptiste Boyer Fonfrède 27 ans, Jean Duprat 33 ans, Louis-François-Sébastien Viger 36 ans, Pierre Mainvielle 28 ans, Gaspard Duchastel 27 ans, Marc-David Lasource 39 ans, Benoît Lesterpt-Beauvais 42 ans, Charles-Eléonor Dufriche Valazé 42 ans, Jean Duprat 33 ans, Charles-Louis Antiboul 40 ans, Pierre Lehardy 35 ans, Jacques Boileau 41 ans et Jacques Lacaze 42 ans. Cinq seulement sont originaires de la Gironde et trois sont députés.

Dans la salle du Palais, la situation est jugée grave. Heureusement Robespierre se gratte la perruque et envoie fissa une délégation de camarades jacobins à la Convention. Il serait en effet temps qu'une loi, fut-elle scélérate, vienne au secours d'Herman et de sa clique. Ces hommes qui n'ont pas hésité à ériger une assemblée en tribunal ne vont pas se gêner pour changer la loi au cours d'un procès.

C'est chose réglée le 29 octobre. Le président Herman un pays de Robespierre, peut pousser un ouf de soulagement et lit que «  lorsque le jury du tribunal révolutionnaire après trois jours, se déclarerait suffisamment informé, il pourrait prononcer le verdict sans poursuivre les débats.  » Un qui a du s'éponger le front c'est Danton, en effet les girondins avaient exhumés pas mal de ses trafics pas très clairs et leur clouer définitivement le bec lui permettait de respirer encore un peu.

Le 30 octobre, Pierre Antoine Antonelle et Joseph Souberbielle se lèvent et estiment leur conscience suffisamment éclairée. Le juré Brochet ira d'un laïus ampoulé dont j'ai relevé quelques expressions qu'on pourrait déterrer de tous les procès staliniens, parlant de la République  : « ... Les machinations infernales de ses perfides ennemis... Que le peuple réchauffait en son sein des serpents venimeux... Mais l'œil vigilant des patriotes après les avoir suivis dans leurs repaires nocturnes et criminels a déjoué leurs complots... etc. », un total bourrage de crâne, il ne manque que la vipère lubrique. La délibération est rendue au galop et les 21 accusés condamnés à mort, et hop affaire suivante...

L'exécution des girondins devrait figurer au livre des records ; 20 têtes en 26 minutes. Un seul a sauvé la sienne ; Dufriche-Valazé qui s'est poignardé à l'annonce du verdict. C'est égal Charles Henri Sanson fera rajouter une charrette au quatre qui forment le convoi et le cadavre ira cahotant accompagner les copains dans l'indifférence générale.

Le 6 novembre le ci-devant Philippe Egalité et régicide de son cousin, passe à la ‘chatière' pour la raison qu'il fait partie de la famille des Bourbons. Le tribunal s'est montré méprisant. Fouquier ne lui a même pas fait l'honneur d'un acte d'accusation et a pris celui qu'il avait rédigé pour les girondins. L'opportunisme révolutionnaire dont a fait preuve l'ex duc d'Orléans ne l'a pas sauvé pour autant.

Le 8 c'est au tour de Marie-Jeanne Philipon, madame Roland, femme de l'ancien ministre Roland de la Platière , égérie des girondins et chérie (platonique) du girondin Buzot d'être jugée. C'est une femme remarquable qui a bien l'intention de remettre ses juges à leur place et particulièrement ce Fouquier qu'elle déteste. Première désillusion, l'accusateur public qui a rédigé l'acte d'accusation n'a pas daigné se déplacer et a laissé au substitut Lescot-Fleuriot le soin de s'occuper du petit ‘cas Manon' (de Provence).

- Où est Roland ?

- Que je le sache ou non je ne dois ni ne veux le dire...

(Roland se suicidera deux jours après avoir appris la mort de sa femme.) Il ne reste plus au président Dumas qu'à énoncer la formule qui resservira jusqu'à l'écoeurement : « Il a existé une conspiration horrible contre l'unité l'indivisibilité de la République , la liberté et la sûreté du peuple français. Marie-Jeanne Philipon femme de Jean-Marie Roland est-elle auteur ou complice de cette conspiration ? »

Yesssss mister président ! Répondent à l'unisson et à l'unanimité les solides de Fouquier qui aimeraient bien aller souper d'autant que le verdict de mort était déjà signé en blanc avant la comparution de cette « putain décolorée » selon le romantisme exacerbé de Georges Jacques Danton. Y avait plus qu'à noircir les cases.

Manon monte calmement à l'échafaud et lance à la foule hostile, non pas la fameuse phrase que l'Histoire a retenue : Ô Liberté que de crimes on commet en ton nom ! Mais une autre tout à fait inattendue : Quelqu'un peut-il me dire si le PSG a gagné ...? Heureusement pour l'infortunée Manon, le couperet tombe avant la peu consolatrice réponse : Eh ben non le PSG n'a pas gagné.

11 novembre, le procès de Jean Sylvain Bailly maire de Paris est une mascarade, il est condamné pour l'affaire du Champ-de-Mars datant du 17 juillet 1791. Fouquier et Naulin se relaient, le premier accuse et le second clôt le réquisitoire en exigeant que Bailly soit exécuté sur les lieux de son crime. Crime commis par cet ancêtre de Bertrand Delanoë pour avoir obéi à l'assemblée nationale et commandé le feu, ce qu'inutilement il nie. Il suivra la charrette à pied jusqu'à la Seine. (Je vous conterai cette magnifique représentation)

Le même jour place de grève, le dénommé Frédéric Kolb ira éternuer dans le panier pour avoir émigré. (Tu parles il était allemand) Il fera la promenade avec le ci-devant Nicolas Roy qui a tenu des propos très vilains sur la République. Les jurés étaient tellement éclairés qu'ils ont délibéré dans le couloir et de toutes façons le verdict de mort était signé en blanc.

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Chapitre 6
Ça coule pas assez rouge

28/02/2006

Le tribunal prend son allure de croisière, un problème se pose cependant, trop de condamnés y échappent encore en se suicidant. En effet un nombre important de ‘méchants' passent au rasoir national pour l'unique cause qu'ils sont riches et pour échapper au spectacle hideux dont ils sont sans rappel les vedettes, certains n'ont pas d'autres échappatoires que de mettre fin à leurs jours pour ne pas déshériter leur famille.

Saint-Just et Robespierre considèrent ce geste comme antisportif et cherchent une solution pour pallier ce confortable manque à gagner. Bingo, le 15 novembre 1793, la Convention rampante décide que non seulement les biens des condamnés à morts exécutés révolutionnairement iront à la République mais également ceux des suicidés. Et voilà le travail. (Ils ont même piqué les fringues qui revenaient aux aides bourreaux pour les donner dans les hospices, mais la police véreuse de Paris en fait un tel trafic que les pauvres n'en verront pas la couleur)

Joseph Souberbielle a des journées trop pleines pour étudier la médecine, ce tribunal lui prend les trois quarts du temps, il dîne chaque jour à la buvette et rentre tard le soir rue Honoré à deux pas de chez Duplay.

Curieuse cette buvette-restaurant du tribunal. (Elle existe toujours bien que déménagée au fond de la cour du Mai et se trouve près de l'escalier situé à droite face au palais de justice. C'est par là que les condamnés qui sortaient de chez le coiffeur étaient chargés sur les tombereaux.) On s'y retrouve entre deux audiences, les blagues sont les bienvenues. Les jurés partagent le repas des magistrats ce qui est idéal pour rendre une bonne justice en toute impartialité. Plus extraordinaire encore il arrive que des accusés entre deux gendarmes, dînent à la table voisine de celle de leurs futurs bourreaux.

On a souvent avancé que les jurés étaient des ivrognes, ce n'est pas exact, ils boivent raisonnablement et quelques uns comme Prieur sont à l'eau, Vilate le morpion tète du lait et Trinchard trinque au chocolat, Souberbielle est sobre comme son Dieu, Roro le chameau. Carafons et bouteilles sont parfois de la fête mais finalement avec retenue. Les trois piliers de bistrot sont des magistrats. Girard, Coffinhal et Dumas passent au rouge avant même d'arriver à l'audience. Fouquier y va souvent mais boit peu. En revanche il mange seul. Il arrive parfois que l'on rigole au banc des jurés, ces bons français libres ne manquent pas d'humour dans leurs verdicts.

Le 17 novembre, comparaît à la barre le ci-devant François Saint Prix. On le fait asseoir pour la raison qu'il est invalide, nous sommes quand même entre gens civilisés. L'acte d'accusation est effroyable, un témoin à charge qui lui tourne le dos l'accuse d'avoir dit que « La garde nationale n'était que des « tristes à pattes et qu'il ‘chiait' sur la nation.» A moins de faire constater une constipation tenace par un TR spéolo du docteur Souberbielle son affaire est faite.

-   Coupable, chantent en chœur les soubies's brothers. Mais ce n'est pas tout. Il se trouve que cet égorgeur de la liberté possède un chien pris à maintes reprises en train de mordre les mollets bleu-blanc-rouge des gardes républicains. Ce crime étant intolérable, le jury se sent suffisamment éclairé et condamne l'impudent Médor royaliste à être exécuté avec son maître. (désespérément authentique).

Depuis la création du tribunal révolutionnaire trois cent quatre vingt accusés seulement ont porté leur tête à Sanson. Le bilan est clair, on ne s'en sort pas sans compter que l'on ne guillotine pas les décadis.

Maxou Robespierre (qui était entre nous soit dit pour l'abolition de la peine de mort, discours du 30 mai 1791, qu'il tenait pour une routine barbare) planche (c'est le cas de le dire) sur la question pour éviter que les rouages de la machine se grippent et qu'ainsi d'odieux suppôts des rois coalisés puissent échapper au glaive vengeur. Il en ressort qu'« en cas de partage des voix, l'accusé devant être acquitté, il ne serait à l'avenir procédé que par onze jurés (cela ira même jusqu'à sept) Cette astuce de procédure se révélera à la hauteur de ce que l'on attend d'elle » Dans les trois mois qui vont suivre, sur onze cent quinze personnes qui comparaîtront, huit cent quarante quatre seront condamnées à mort. Robespierre est bien à l'origine des cadences infernales Charles Henri Sanson ne connaîtra jamais les 35 heures.

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Chapitre 7
Les ratés de la liberté

09/03/2006

Les ratés de la liberté.

Le temps est maussade en cette fin d'après-midi du premier décadi de pluviôse 1794, (29 janvier) Joseph Souberbielle traverse le Pont-Neuf en compagnie de Georges Danton. Camille Desmoulins suit à quelques pas en silence. De toutes façons il bégaie tellement ces temps-ci qu'on pourrait gagner la berge à la nage avant que ‘Hon Hon' ait terminé une phrase.

Souberbielle et Danton se connaissent bien et éprouvent l'un pour l'autre une réelle sympathie. Il faut un certain talent de diplomatie au chirurgien pour rester lié à deux personnalités aussi irréconciliables que Robespierre et Danton.

- Tu vois Joseph, du train où vont les choses il n'y aura bientôt plus de vrais patriotes et plus de sûreté pour personne. Ce n'est pas assez pour nos généraux de donner leur sang sur les champs de bataille il faut encore qu'ils le versent sur l'échafaud et qu'on les accuse comme traîtres à leur patrie. ‘Je suis las de vivre la rivière semble rouler du sang !'

Souberbielle se rend bien compte que c'est plus au juré du tribunal qu'à l'ami que s'adresse Danton. En un an, l'usine de mort de Fouquier & Co a expédié via Charles-Henri Sanson plus de deux cents officiers supérieurs ou subalternes pour mauvais résultats ou supposés tels. L'est bien emmouscaillé le futur toubib qui pour l'heure fait de la poésie.

-  Il est vrai Georges que le ciel est rouge mais le jour où la pluie viendra ...

-  ... Tu te prends pour Bécaud l'interrompt le tribun ?

-  J'ignore qui est ce ci-devant mais dois-je te rappeler que c'est toi qui es à l'origine de ce tribunal ?

-  Je sais j'avais réclamé des hommes inflexibles mais purs et je ne vois aujourd'hui que des bourreaux complaisants.

-  Ah Georges, chaque fois que je refuse une tête à cette lame ignoble on appelle ma conscience scrupule. Alors je ne sais pas, je ne sais plus, je suis perdu !

-  Fais comme l'oiseau poursuit Danton tout en essuyant une fiente de pigeon chue sur son revers de col.

-  Geo orge a... a... rairai.. raison Sou... Soubi.. Bibi ! t'a... tata... T'as qu'aaa leur Ch.. Chchch... Chier d'ssus ! Ajoute laborieusement Camille qui en bave.

-  Tout cela me fait horreur à présent continue Danton, je suis un homme de révolution Joseph et pas un homme de carnage...

A priori, Danton ( sous la pluie) n'a pas l'air de se souvenir des massacres de septembre.

-  Tu as des ennemis Georges. Aux jacobins, certains oeuvrent à ta perte ! Tiens, l'autre jour Maxime m'a avoué en parlant de toi qu'il leur avait arraché une grande proie il a même ajouté, ‘peut-être un grand criminel !'. Ils veulent ta tête !

- Quoi ma gueule ! Qu'est-ce qu'elle a ma gueule ? Moi un criminel ? Ah ah ah ! Je n'ai pas besoin de la protection de ce bougre emperruqué (l'assemblée faisait des gorges chaudes de la sexualité bridée du vertueux camarade Maxounet) il n'oserait pas s'attaquer à moi. Et se souvenant que dans sa jeunesse, un taureau l'avait blessé à la lèvre, il lance parlant de lui à la troisième personne comme le sans-culotte Delon qui n'a pas tout à fait intégré le tutoiement : Crois-moi, celui qui aura la peau de Danton n'est pas encorné ! (D'autres prétendent qu'il aurait dit à propos de ses malfaçons : Celui qui en apportera la pieuvre n'est pas encornet. Allez savoir c'était il y a deux siècles...) Les deux hommes se séparent. Ils se reverront.

Février 1794, la dictature révolutionnaire ne se cache même plus, ce matin pendant que les ouvriers de la menuiserie tapent rabotent et clouent les cercueils pour l'après guillotinade, que Duplay fournit à Sanson 10 livres pièce TTC (toute tête coupée) tout en montant la garde, Maximilien malade, le bonnet de nuit de travers s'est éveillé de mauvais poil. Même les mouillettes beurrées trempées dans les œufs-coque qu'Eléonore a ‘concoctés' avec amour ne passent pas. Il faut en finir d'un coup avec ces factions de gauche et de droite*. Plus facile à dire qu'à faire. * la métonymie n'est en rien semblable à celle utilisée aujourd'hui dans notre système démocratique. Il n'y a pas de droite en 93/94, la droite ce sont les suspects, les emprisonnés les émigrés et les raccourcis.

Danton et ses indulgents mais surtout Hébert et les enragés de la commune commencent à lui agacer le duvet avec leurs prises de position outrancières. En effet on murmure dans tout le pays que finalement le retour à la monarchie ne serait pas une si mauvaise chose.

Il faut bien reconnaître que depuis le début 92, ajoutée à la situation économique catastrophique, la révolution ne propose au peuple d'autre choix que de mourir sur l'échafaud, d'aller se faire crever les tripes sur les champs de bataille d'être massacré dans les provinces ou de crever de faim. En effet, force est de constater qu'on a changé de régime pour un autre encore plus spartiate.

Si, du moins d'après le texte, les français sont libres et égaux en droit, en revanche ils le sont beaucoup moins dans leur assiette, le patriotisme digestif à ses limites. La loi sur le ‘Maximum général' votée en novembre 93 ( et clamée par Hébert et les enragés Roux et Chaumette ) est une heureuse initiative... pour les trafiquants.

Partout le pain manque. Le mois dernier, Fouquier a expédié la femme Marbeuf ci-devant marquise et son intendant à la guillotine, pour avoir laissé un champ en herbage au lieu d'y cultiver du blé. Ils ont bien tenté d'expliquer que ce procédé s'appelait la jachère, qu'il existait depuis la Gaule et que la loi l'autorisait mais l'accusateur lui-même fils de laboureur n'a rien voulu savoir, les jurés non plus ; grands criminels et affameurs du peuple, au raccourcissement patriotique !


Les sans-culotte la perdent.

A Paris, pour ceux qui peuvent payer trois sols on trouve encore sur le pont au Change des poissons de mer comme la raie ou de Seine, carpes et barbeaux. On sert à la portion congrue des lentilles bouillies et des pruneaux cuits. Autrement dit, s'il est bien connu que le pruneau ‘fait aller' encore faut-il avoir de quoi.

Mais il y a un autre Paris ; celui des tables à la mode. Véry propose 41 entremets et 31 plats, ni raie ni lentilles. Chez Beauvilliers on peut se faire péter la sous-ventrière, c'est la cantine de nos élus. Malgré la peine de mort qui pend au nez des accapareurs, le marché noir explose jusque dans certaines prisons et pensions où tout se vend et s'achète.

La maison du docteur Belhomme rue de Charonne fait payer très cher sa protection aux riches suspects, au moins sont-ils à l'abri du « journal du soir *» et des charrettes de Sanson.
* On avait le sens de l'humour en ce temps là. Chaque soir les huissiers de Fouquier venaient gueuler dans les couloirs et les cellules de la Conciergerie , les noms de ceux qui étaient appelés à comparaître le lendemain au tribunal et leur remettaient ce qu'ils appelaient non sans rire ; « la feuille de route ou encore l'extrait mortuaire »
En effet Belhomme a des relations dans les comités de sûreté générale qui prennent au passage un joli bénéfice, on susurre même ( sans preuve ) que Fouquier en croque. Facile à comprendre ; une tête posée sur les épaules d'un aristocrate à un coût alors qu'un cou d'aristocrate sans tête ne vaut rien, pas même un haussement d'épaules.

Fabre d'Eglantine a du mal à digérer, d'une part son arrestation et d'autre part la Compagnie des d'Indes rôties qu'il se fait livrer chaque jour dans sa cellule. Chabot incarcéré au Luxembourg, en attendant que l'on statue sur son sort se tape une poularde en alternance avec des huîtres et des poissons grillés, le champagne arrive par caisses.

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Chapitre 8
Finissons-en !

Saint Just l'archange de la terreur et de l'amalgame réunis, de retour de l'armée du nord, monte à la tribune et ne mâche pas ses mots : «  Ce qui constitue une république c'est la destruction totale de ce qui lui est opposé » annonce froidement ce démocrate pur beurre, ce qui ne l'empêche pas de roupiller dans le plumard et les draps de la reine qu'il a piqués au garde-meubles.

Il dénonce en vrac les ‘ exagérés ou enragés' du type Jacques Hébert et son torchon Le père Duchêne, ainsi que les indulgents du type Camille Desmoulins et son nouveau torchon Le vieux Cordelier qu'il considère comme des radicaux ce qui montre chez lui un certain culot alors que Camille et Danton gîtent vers un modérantisme démagogique il est vrai.

De son point de vue la clémence fait le jeu des complices des royalistes qui se cachent jusque sous les bancs de la Convention. L 'archange, qui serait aujourd'hui considéré comme fasciste se heurte à Robespierre qui ne souhaite toutefois pas mélanger les torchons... avec les torchons. Il faut d'abord faire la peau aux hébertistes.

Au début de ventôse on retrouve dans le quartier des halles où l'on se bat pour deux poireaux et un hareng, des papiers appelant les crève-la-faim à se révolter contre l'Assemblée alors qu'en prison les détenus se gobergent.

Le 14 (4 mars) en signe de deuil, Hébert fait recouvrir d'un voile noir le tableau de la déclaration des droits de l'homme qui trône dans son club. La police retrouve des affiches sur lesquelles on peut lire : «  Robespierre anthropophage  ! » ( ça a sûrement du lui plaire lui qui chipote) d'autres placards sont collés avec ce cri du cœur «  Crève la république, vive Louis XVII  » «  Barère assassin et voleur, Lindet, Collot, trompeurs du peuple  »... et j'en passe.

On accuse immédiatement les ultras proches d'Hébert. Le Comité de sûreté générale lâche alors ses colleurs d'affiches qui barbouillent les murs d'autant d'imprécations : «  Les ennemis de la liberté se remuent en tous sens ... Citoyens ralliez-vous à la Convention  ! » «  Homme libre, toujours tu chériras la mer !  » (là chuis moins sur. ..) Mais le citoyen homme libre se terre devant cette surenchère qui appelle au meurtre.

Que les hébertistes aient collé des affiches ne fait aucun doute. Convaincus d'avoir l'appui de l'armée révolutionnaire et des sans-culottes, ils dénoncent avec force les ‘endormeurs des comités' et fustigent une Convention corrompue et un Robespierre ‘limaceux' mais il ne faut pas oublier dans ces placards qui fleurissent au centre de Paris, les royalistes, les citras sous l'égide du baron de Batz qui ont tout intérêt à ajouter leur griffe au bordel ambiant et surtout pas les appariteurs à la solde des jacobins tout aussi provocateurs. On voit mal en effet Hébert réclamer le retour de la monarchie lui qui vouait à la famille royale une si grande haine que ses égarements imbéciles avaient failli sauver la tête de Marie-Antoinette.

Au fil de cette époque qui nous a vu naître et que je déroule avec délectation, on a la sensation que ce chamboulement brouillon se joue dans l'apathie et la crainte de ce que nous appelons aujourd'hui la majorité silencieuse. Les folles espérances générées par les premiers acteurs de la révolution avaient été déçues et s'étaient éteintes comme d'ailleurs la plupart de ces mêmes acteurs.

Les fameux cahiers de doléances de 88 ne représentaient pas les revendications des français ni les difficultés qu'ils souhaitaient voir aplanir, la variété des motivations était infinie et d'ailleurs tout écrire serait vite devenu ingérable.

Qui avait entrepris la rédaction de ces cahiers sinon une bourgeoisie en quête de reconnaissance, un clergé rouge et une noblesse libérale qui se contrefichaient bien des problèmes des ramoneurs savoyards ou de la vermée des pêcheurs d'anguilles de Vendée mais qui savaient lire et écrire. Ils avaient détourné les cahiers à leur profit et revendiqué d'abord pour leur paroisse et leur propre état. Pour preuve la corporation des savetiers d'Arras avait naïvement confié le soin de conter ses malheurs au tout jeune Maximilien de Robespierre dont le destin national ne permettait pas d'avoir les deux pieds dans le même sabot.

Où étaient enfouies les grandes idées nouvelles de 89 ? En moins de cinq années l'abolition des privilèges avait fait place au jeu de rôles d'une poignée d'adultes déconnectés du rationnel qui s'autodétruisaient au lieu de construire et s'éliminaient à coups de procès manichéens et de discours iniques dont la guillotine massicotait en un bain de sang chaque point d'exclamation.

Robespierre est décidé, il faut en finir avec les hébertistes et les dantonistes, moins parce qu'ils ramèneraient la tyrannie ( elle est déjà là ) que par qu'ils menacent pour des raisons opposées d'ailleurs, sa suprématie. On a dit qu'il était malade, je pense pour ma part qu'il ne l'était pas mais en revanche suffisamment calculateur pour faire exécuter le boulot par d'autres. Il passe la balle à l'archange.

C'est bien simple, si Maximilien peut parfois être pris d'un doute, éprouver un sentiment voire un relent d'humanité, Saint-Just est un monstre austère, sa froideur glace les plus courageux, (ou les moins pleutres, seul Carnot le traitera de bouffon de Robespierre et de tyran ridicule) il n'a rien d'humain, sa voix sèche, monocorde et hautaine dénonce et menace avec un parfait détachement : «  Point d'impunité pour ceux qui veulent « briser l'échafaud par crainte d'y monter  »

A présent que la voie est libre Saint-Just demande expressément que l'on fasse arrêter les auteurs et distributeurs de ces pamphlets ‘atroces' attentatoires à la liberté du peuple et qu'on les mette en jugement sans tarder.

Couthon et Robespierre que des malfaisants appellent ; ‘la tête et les jambes', de retour au comité de salut public approuvent une partie du rapport de Saint-Just, celle qui concerne Hébert et ses amis... Quelques uns sont arrêtés dès le 13 mars. Les hébertistes n'ont rien vu venir, autant de candeur laisse incrédule. Comment ont-ils pu se faire coffrer au saut du lit sans que les sections, les sans-culottes, les ouvriers des faubourgs et les voyous passent à l'action ?

On peut dire que Saint Just, c'est pas le bon gars d'Hébert qu'a mis l'sans-culotte à l'envers. C'est simple, il a tout prévu et sorti de derrière les fagots un plan d'une perfidie inouïe, un modèle du genre. La nouvelle bourgeoisie s'étant partagée les biens nationaux ( Valeurs , terres et propriétés ) il n'y avait plus grand-chose à offrir au peuple gueulard et encombrant. Alors en décidant de faire distribuer les biens des suspects riches à la populace toute acquise aux exagérés, en clair de les piller avant même qu'ils fussent jugés, il va priver Hébert de sa clientèle et le couper de sa base. Résultat, pour quelques pincées de monnaie de singe enrobées de promesses non tenues, les adeptes du père Duchêne, regarderont partir les charrettes sans même lever le petit doigt. En politique la fidélité, y a qu'ça d'vrai !

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Chapitre 9
Le père Duchêne casse sa pipe, foutre !

Billaud-Varenne monte en chaire aux jacobins et affirme avec superbe que « ... ces hommes atroces allaient chercher leurs complices au fond des prisons » (?). Pendant que l'on s'égosille dans les clubs, Fouquier-Tinville peaufine sa terrible machination en commençant à saupoudrer son réquisitoire de situations aberrantes et en y introduisant la phrase fatale, celle qui va épurer (d'nous autres) ; « Conspiration des prisons. » Ce système crapuleux va permettre d'ici peu de désengorger les tôles en alignant sur les mêmes gradins des gens qui pour certains ne feront connaissance qu'en partant pour l'échafaud.

Après Herman le président du tribunal révolutionnaire qui a pris du galon, c'est René-François Dumas un homme de Robespierre, plus exactement un copain de son frère Augustin qui prend les commandes.

Exception faite de Fouquier-Tinville il faut le dire, qui apprécie modérément le petit Mamamouchi d'Arras, on découvre une oligarchie érigée en système, on tue désormais en famille et entre amis sous le couvert d'une pseudo démocratie ‘directe et pure' votée en 93 par les idéologues et démagogues que sont les robespierristes et que bien entendu ils n'appliqueront jamais.

Fouquier est au micro, les juges sont Foucault qui a fait appel à un ami Masson, Bravet et Subleyras. Les jurés ont été brieffés et savent ce qu'ils ont à faire, ils sont treize, (mauvais présage) Souberbielle n'était pas désigné mais il a été rappelé comme juré ou médecin, on ne sait pas trop. L'huissier donne les trois coups.

Ce 21 mars à la Conciergerie , vingt accusés montent à la queue leu leu l'étroit escalier Bombec qui mène à la Salle de l'Egalité et comparaissent les mains libres. Ils ont trente sept ans de moyenne d'âge comme les girondins. Ils sont coupables d'avoir entre autre voulu « dissoudre la Convention  » d'être des agents de Pitt et Cobourg ( les Tif et Tondu des comités, toujours là pour combler les vides de procédure) et je cite Collot d'Herbois : « d'avoir jeté dans tous les coins des pommes de discorde... » Que n'en ont-ils jeté sur les marchés les pauvres !

Dans le fauteuil dans lequel s'était assise la reine cinq mois auparavant, ‘trône' Jacques-René Hébert 35 ans. Encaqués sur les gradins, Charles-Philippe Ronsin 42 ans, Antoine-François Momoro 38 ans, Michel Laumur 63 ans, Conrad Kock 28 ans hollandais, Nicolas Vincent 27 ans, Albert Mazuel 28 ans, François Desfieux 39 ans, le brave homme à une notion de la liberté sexuelle très subjective. N'a-t-il pas proclamé : «  Les mœurs ne sont rien, je veux un jour pouvoir sans crainte jouir d'une pucelle au milieu d'une rue ». Ou plus pragmatique encore ; «  Je veux que le père puisse jouir de sa fille sur le Pont-neuf .» On comprend mieux pourquoi Hébert assurait que le dauphin de France se faisait tripoter la zigounette par sa mère et sa tante. On savait rire en ce temps-là.

Jean-Baptiste Cloots 38 ans belge se faisant appeler Anacharsis, Jacob Pereyra 51 ans, Pierre-Jean Proly 42 ans belge, Jean-Antoine-Florent Armand 27 ans, Jean-Baptiste Ancard 52 ans, Marie-Anne-Catherine Latreille femme Quétineau 35 ans, Frédéric-Pierre Ducroquet 31 ans, Armand-Hubert Leclerc 44 ans, Jean-Charles Bourgeois 26 ans, Antoine Descombes 29 ans, Pierre Ulric Dubuisson 48 ans, enfin le vingtième et dernier Jean-Baptiste Laboureau 41 ans étudiant en médecine et élève en chirurgie que le juré Souberbielle connaît bien, ils ont le même âge. A noter que les futurs thérapeutes ne sont pas des perdreaux de l'année.

Derrière les impérieux corbeaux aux plumes noires, perchés sur leur estrade, les accusés peuvent deviner, éclairés par de vacillants quinquets, les bustes de Marat et de Brutus. Pourquoi pas ceux de Spartacus tant qu'on y est et de Glaviator, le recordman du monde de lancer de crachat au Colisée en 2058 av JC (jaques Chirac).Près du président Dumas, une photo de sa femme... Mireille qu'il surnomme affectueusement : l'échotière.

La foule énorme et bruyante s'entasse debout derrière des barrières branlantes et jusque devant la grand-salle de l'Egalité, ce n'est pas tous les jours que comparaît une star de la révolution, ils vont être déçus les voyeurs. Difficile de croire que ce bonhomme piteux recroquevillé, blême, tétanisé par la peur, qui peut à peine balbutier son identité et qui tremble de tous ses membres, est le flamboyant publiciste. Ah elles sont loin les grandes colères du père Duchêne, ses articles incendiaires et gras, ponctués à l'envi de bougre et de foutre , qui moquaient ceux qui partaient mourir sur l'échafaud.

Jacques Hébert qui ne sait pas trop de quoi on l'accuse et pour cause Fouquier a sciemment tout mélangé, répond à côté, s'excuse et ‘promet de ne plus recommencer'. Vous parlez d'une défense ! Parmi les griefs, celui de complot contre la Nation financé par l'étranger pour affamer Paris n'est pas le moins curieux.

Sur le banc sont mêlés justement des étrangers, des hommes de lettres des militaires et des banquiers qui auraient trafiqué avec le général Dumouriez, passé à l'ennemi en 93. Quant à Catherine Latreille, femme Quétineau, le président ne lui adresse pas la parole puisqu'elle n'apparaît pas dans l'acte d'accusation. Elle fait simplement partie du lot. On prétendra qu'elle s'apprêtait à fomenter un complot vivant à faire libérer son mari ( guillotiné 5 jours avant ).

En trois jours, une quarantaine de témoins à charge défile, les conjurés ont du mal à contester, dès qu'ils ouvrent la bouche, le président Dumas les coupe : Tu n'as pas la parole ! Mais quand fouquier révèle la conspiration ourdie par le papa du Père Duchêne et ses sbires, dénonçant à la foule en délire que cette bande organisée de misérables avaient nourri le projet de faire égorger les détenus des prisons puis d'assassiner les membres de la Montagne et enfin d'installer un régent à la tête du pays, ( pfiou rien qu'ça quel programme ! Rapport de Billaud-Varenne au club des jacobins ) Hébert effondré comprend que la sienne ne tiendra plus longtemps sur ses épaules et que les loueurs de balcons et fenêtres situés sur le parcours qui mène à l'échafaud, n'ont déjà plus un centimètre carré à proposer au chaland.

Au quatrième jour, Dumas se fâche et en toute neutralité traite les conjurés de bandits, d'égorgeurs, de méchants, de féroces esclaves ( ? ) de parricides et même allons-y gaiement... de royalistes. Justement, Fouquier-Tinville y va de son réquisitoire d'une vibrante intégrité : « Ames viles, féroces esclaves...(encore ?) Avez-vous oublié que la massue du peuple est toujours levée pour assommer les tyrans, et que le glaive vengeur des lois est toujours suspendu sur la tête des traitres ? Infâmes vous périrez c'est trop longtemps retarder votre supplice... »

Cette harangue aboyée avec emphase et un bon accent picard, serait à mourir de rire s'il n'y avait au bout, une guillotinade de personnes ni plus ni moins coupables que celles qui les jugent. Pour aller plus vite les défenseurs sont priés de ne pas plaider. Ils sortent sans demander leur reste laissant sur le banc dignité et honneur.

Tandis que les jurés se déclarent suffisamment éclairés selon la formule consacrée, Dumas en profite pour annoncer la cloture des débâts et pose dans la foulée les deux questions suivantes :

1° Est-il constant qu'il a existé une conspiration contre la liberté et la sûreté du peuple français... ?

2° Les accusés sont-ils convaincus d'être les complices de ladite conspiration... ?

La fine équipe se retire pour aller boire un coup à la santé et à l'amour de la patrie et éventuellement pour délibérer pendant que dans une belle cavalcade les gendarmes redescendent les vingt accusés à la Conciergerie. Je vous laisse imaginer la mine qu'ils doivent tirer si l'on sait que plus de la moitié des ‘convaincus' n'a pas plus placer un mot en quatre jours, pour essayer de se justifier.

Deux heures plus tard, le greffier donne un coup de sonnette, le jury rentre en séance et répond oui à toutes les questions sauf à celle qui concerne le ci-devant Jean-Baptiste Laboureau.


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Chapitre 10
(A suivre)

 

 

 

 

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