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Les casseurs de la révolution

PAR GILLES MARCHAL ( lectures)


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Chapitre 1
Sans culotte et sans cervelle

26/01/2006

Sans culotte et sans cervelle

Octobre 1793. Pendant que l'interrogatoire de la reine se poursuit à la Conciergerie en vue de la préparation de son assassinat, et que par ailleurs on dératise à Lyon rebaptisée 'Ville affranchie', la populace sectionnaire et sans-culotteuse trouve que la déchristianisation va tout aussi piano que la " déroyalisation ".

Alors une douzaine de citoyens flanqués d'un commissaire délégué à la Convention se rendent à la cathédrale de Reims et commencent leurs menus travaux. Pendant que le grand chef emplumé s'escrime à 'dévisser' la Sainte-Ampoule qui servait à oindre les rois depuis Clovis (voir Jeanne d'Arc) et se casse les talons sur le parvis de l'église pour la briser, les patriotes s'en vont en sifflotant fracasser le tombeau de saint Remi. Voilà une bonne chose de faite.

A travers le royaume, les statues rappelant la 'mémoire exécrable des rois' sont décapitées ou abattues, les palais et les châteaux dévastés, sauf bien entendu ceux réquisitionnés par les nouveaux nantis de la République , meublés avec si j'ose dire la 'bénédiction' du garde-meubles national (ils le sont toujours). Il faut bien avouer qu'après le passage des huns de l'an du même métal, il ne reste plus grand chose à abîmer voire à piller.

C'est alors que Joseph Fouché alias Jojo l'ictérique, a la bonne idée de caresser le sans-culotte dans le sens du poil ce qui semble assez réalisable vu l'accoutrement et la 'majorité visible' des ci-devants derrières. Bien entendu ça marche comme vous pouvez vous en douter. (Un intelligent dans une foule incontrôlable n'a jamais fait une foule incontrôlable d'intelligents).

Le tribunal révolutionnaire s'occupant des vivants en sursis, il convenait que les vrais français en fissent autant avec les morts. C'est le top départ d'un plan de démolition déshonorant pour le siècle des Lumières. Dans un premier temps il s'agit de se rendre dans les cimetières afin de détruire tout emblème qui pourrait rappeler la religion honnie. Aussitôt dit aussitôt fait, exhumators populis tarus armés de masses, ahanent à bras raccourcis sur les croix, les calvaires, les statuettes, bref sur plus de dix siècles de civilisation et d'élémentaire respect du à ceux qui sont partis dans la religion chrétienne.

Désormais, grâce au semi-défroqué Fouché * on pourra lire pour les rares qui savent, à l'entrée des nécropoles : "La mort est un sommeil éternel". J'ignore pourquoi, mais cette phrase d'une absolue stupidité, imposée à l'entrée des cimetières me ramène sans cesse à ces mots de bienvenue, accrochés à la porte du camp d'extermination d'Auschwitz : 'Le travail rend libre'.
* En réalité un faux frère oratorien qui n'a pu faire carrière dans la marine comme la plupart des membres de sa famille, pour la raison qu'il avait le mal de mer. C'est grotesque mais cela ne l'a pas empêché de barboter dans le marigot. Fouché régicide, Fouché bourreau de Lyon, Fouché complote contre Robespierre, Fouché traître à Napoléon qui l'a fait comte d'Empire et duc d'Otrante, Fouché re-traître repasse chez les Bourbons. Enfin Louis XVIII qui l'a nommé ministre de la police arrête les frais et le vire. Fouché une carrière bien remplie, mérite une place à la droite de Louis-Marie Turreau.


Et si on re-tuait les morts ?

Tout est saccagé ou presque, Versailles est un squatt, le palais royal livré à la canaille. Le corps tronqué de Louis XVI couvert de chaux repose depuis six mois au cimetière de la Madeleine.

Dès la fin juillet 93, Bertrand Barère la grande gueule de Bigorre, que décidément je cite beaucoup mais je dois être attiré par les exaltés dérisoires, s'est adressé aux conventionnels : 'Pour bien célébrer la journée du 10 août, il faut faire disparaître jusqu'à l'effrayant souvenir des rois !' La Convention n'ayant sans doute rien d'autre à faire de plus urgent, a adopté la proposition de l'ineffable démagogue dont la femme est une royaliste résolue et inscrit à l'ordre du jour que " ... les tombeaux des ci-devant rois élevés à Saint-Denis seront détruits "

C'est ainsi que depuis le 8 août, chaque matin les franciadais, ou les franciadois enfin les habitants de Saint-Denis rebaptisée Franciade (imaginez aujourd'hui : Oh lâ tasspé, t'es d'Franciad' dans l'9.3 ?) peuvent voir des convois de chariots poussifs rouler vers l'abbatiale, bourrés de sans-culottes eux mêmes bourrés comme des cantines. (Les troufions des idéologues tombeurs de la tyrannie avaient une solide réputation d'ivrognes et l'habitude dans les perquisitions sauvages que les sections menaient, de faire plutôt les caves que les greniers)

Arrivés sur place, on rassemble la main d'ouvre face à la basilique et l'on entonne l'hymne des profanateurs patentés, le célèbre : Si j'avais un marteau - je taperais le jour ! Puis dans un désordre bon-enfant la troupe bruyante de violeurs de tombes descend sous les voûtes à la lueur des torches et se met gaiement au travail.

Faites place aux sots. Aux médiocres de jouer. Aux oppresseurs étriqués de montrer leur force sous l'oil cauteleux de policiers corbeautisés, responsables des basses-ouvres de la république.

Les coups sourds le disputent aux cris et aux injures et enfin apparaît le premier tombeau. Le caveau est éventré, la silhouette d'Henri de la tour d'Auvergne vicomte de Turenne se dessine.

'Tu trembles carcasse' semble-t-il dire à ses profanateurs qui roulent des billes de dégénérés. Le corps du précepteur militaire de Louis XIV à peine altéré depuis 118 ans, défie les pillards bien embarrassés. Il faut que le citoyen Horst, gardien du 'temple' secoue les trois neurones de la bande d'énergumènes pour faire monter le cadavre et le déposer dans la sacristie de l'église.

Les badauds peuvent admirer les restes du maréchal de France, moyennant finances. Liberté si on veut ! Egalité, bof à la rigueur, fraternité d'accord mais tu payes d'abord. Au passage les municipaux prélèvent leur petit pourcentage.

La dépouille de Turenne est livrée à la populace qui telle une volée de charognards s'adonne assez vite à la profanation en réunion. On dépiaute, on arrache, on coupe on casse. Un morceau de peau bistre par-ci, une mèche de cheveux collés par là, un bout d'étoffe, des dents, des doigts, des ongles... Camille Desmoulins se verra offrir un majeur. Que ne l'a-t-il tendu à son cousin Fouquier-Tinville l'accusateur public du tribunal révolutionnaire ?

Turenne n'en a pas fini avec l'engeance parisienne, un professeur d'histoire naturelle, demande solennellement au comité que la dépouille soit transportée au Jardin des plantes. On pourra observer pour un temps, l'ex ministre de Mazarin et militaire prestigieux, posé sur un carrelage entre les squelettes d'un éléphant et d'un rhinocéros ; tu parles d'une crèche ! Du moins évitera-t-il la fosse commune.


Oh hisse !

Chaque jour voit remonter de la crypte, l'histoire à rebours des rois et reines de France sous des effluves immondes de pourriture ainsi libérée. On balance des litres de vinaigre on fait brûler de la poudre, quelques excavateurs tournent de l'oil en dégageant les bandelettes des corps momifiés ou en état de décomposition.

Et voici citoyens citoyennes, Louis XIV ! C'est vrai qu'il n'est pas ben grand le grand roi, il n'en reste pas lourd d'ailleurs et il est tout noir. Tiens Louis XV à présent, pas terrible non plus mais la vérole avait déjà fait le boulot. D'odieuses mégères descendent dans la crypte et insultent les débris des reines moins bien conservées que leurs homologues masculins. On se livre à des gestes abjects, des vandales crachent et pissent sur les dépouilles. Ce truc desséché dans une robe de bure enchiffonnée qui a l'air de faire la joie d'un crétin rigolard, est Anne d'Autriche, c'est marqué sur le caveau.

16 Octobre à l'étage au-dessus, la reine est morte ce matin. Malgré les efforts de Jacques René Hébert pour la salir, de Fouquier-Tinville pour l'avilir "Une charrette est encore trop bonne pour elle", du comité d'accueil qui l'attendait à la sortie de la Conciergerie et des hurlements de quelques lécheuses de guillotine et autres excités stipendiés par le tribunal et la Commune , l'exécution de Marie-Antoinette a été il faut le rappeler, un bide total.

La tête aux yeux fixes, aux cheveux blanchis a fait le tour de l'échafaud dans un silence 'de mort'. Il n'empêche que l'on écrira que madame déficit a été conspuée jusqu'à la chute du couperet. L'Histoire a retenu comme le cri unanime d'un pays libéré, les deux trois 'vive la république' partis des premiers rangs. En réalité, la foule s'en est allée dans un calme ... Souverain, tandis que le tombereau dégouttant de sang, cahotait vers la Madeleine.

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Chapitre 2
Et surgit le vert galant

27/01/2006

Et surgit le vert-galant

A Saint-Denis, les travaux de rénovation se poursuivent. La crypte est un fouillis indescriptible, tout est étalé dans ce triste Barnum. Les restes dispersés sont dépouillés de leurs bijoux par des pillards et par les rapaces de la Commune puis jetés dans les fosses du même nom. Cela fait maintenant deux mois que l'on s'acharne sur l'abbaye, désormais des pelotons de vandales attaquent la pierre défoncent les autels et grattent les fleurs de lis. Plus d'une centaine de squelettes et de momies violés ont été mis au jour. Les sectionnaires cherchent le ci-devant sans-culotte Dagobert*, celui qui mettait la sienne à l'envers et qui avait fait construire la basilique.
* Cette chansonnette humoristique faisait la joie des français dans les années 1780 Dagobert était bien sur Louis XVI et le bon Saint Eloi, son ministre Necker.

L'abbatiale a reçu la visite de peintres dont Drolling l'alsacien qui recherchait du rouge dans les cours secs comme du carton et en a acheté une douzaine. Ce Rodrigue du pinceau doit avoir le sien bien accroché. Il voulait celui d'Henri IV, pas de bol il est à La Flèche.

On a prétendu que vingt ans après son assassinat, le petit cabinet de la reine dans lequel on avait porté la dépouille du bon roi Henri ce 14 mai 1610, dégageait encore son odeur puissante. Mais en voyant la trogne que font les ouvriers en découvrant la dépouille du roi de France et de Navarre, il est indubitable que les 183 ans passés sous la voûte, n'ont pas adouci les arômes.

Le vert domine sur les faces caméléonisées de l'assistance et les estomacs se tordent de spasmes. On adosse le cercueil sur un pilier de la crypte et le suaire retiré dévoile une figure admirablement conservée. Ce doit être l'ail que le roi mangeait à toute heure de la journée.... Le silence se fait ; on entend plus que les essaims de mouches voler. Curieusement à l'étage terrestre, Henri IV a échappé à la furie révolutionnaire. Sa statue est restée sur son socle. La poule au pot l'a emporté sur le "gros cochon"

Rapidement, la balourdise reprend le dessus, un soldat s'approche, coupe les moustaches du mari de Marie de Médicis et se la colle sous le pif. Ah le brave garçon, qu'il est drôle ! Dieu que ces hommes libérés du joug despotique sont heureux de vivre...

Bon fini de rire une harengère se met à donner des coups de sabot sur le cercueil qui se renverse et éclate. Le roi soldat disait-on, s'en va bientôt rejoindre les autres dépouilles pêle-mêle dans des ossuaires de fortune.

Un être humain fait son entrée dans cette grotte cadavéreuse, il s'agit du commissaire aux beaux arts Alexandre Lenoir, il a déjà réussi à sauver de la destruction quelques mausolées des Valois. Les parisiens, bêchent, fouillent grattent la terre toute emplie de pourriture en quête d'or et de pierres précieuses improbables, histoire de dépouiller les "vils ossements de tous ces monarques orgueilleux" Tout n'ira pas à la République ou alors il faudrait faire les poches des sans-culottes ce qui n'est pas simple. Pourtant l'accaparement ou le vol mène directement à Charles-Henri Sanson.

Courageusement, Lenoir tente de s'interposer et réussit on ne sait trop comment à sauver quelques bricoles, il donne dans le Capétien direct en subtilisant le manteau de Philippe V le Long deuxième fiston de Philippe IV le Bel, mort en 1322 à l'âge de 28 ans. Il pique dans la foulée le diadème à papa mort lui en 1314 à 46 ans. Dans le coin des Valois-Directs c'est le Jack-pot, les couronnes de Charles VI le Fol et de Charles VII le bien servi et pote de Jeanne d'Arc passent en douce devant les abrutis estampillés flics de la terreur. Le Valois-Orléans Louis XII lui remet volontiers sa couronne et celle de sa femme Anne de Bretagne grâce à laquelle nous avons tous plus ou moins des chapeaux ronds. Enfin c'est encore Lenoir qui réussit à rafler le squelette de Dagobert au nez et à la barbe des casseurs de la République. Lenoir réussira à dissimuler ses larcins au couvent des Petits-Augustins pour les rendre ensuite à l'humanité.

Fin décembre, il n'y a plus grand-chose à détruire dans l'abbatiale, il faut dire qu'ils y ont mis du cour les hommes libres. Après le temporel, ils ont détruit le spirituel. La municipalité de Franciade remet à la Convention le reliquaire contenant des fragments de la vraie croix et la couronne d'épines du Christ. Ces foutaises sont laissées à l'abandon en revanche, les pierreries qui ornaient le reliquaire quittent l'autel de la Sainte Chapelle pour l'hôtel de la monnaie.

Les parisiens, pas les sectionnaires et les abrutis de la Commune qui ne représentent il faut le savoir que 6 % de la population, commencent à manifester leur mécontentement face à ce vandalisme athée d'une grande finesse. Déjà que les messes rouges du tribunal révolutionnaire écoeurent la plupart des gens honnêtes qui détournent les yeux au passage des charrettes de Sanson, toutes ces dégradations finissent par obtenir l'effet inverse de celui qu'espérait l'Assemblée. En décembre, ces dégradations impopulaires trouvent tout de même quelques voix courageuses pour les donner comme déshonorantes .

Le conseil général de la Commune et la Convention , laissent alors Saint Denis béante pour se consacrer à un autre grand projet, la destruction de l'église Sainte Geneviève, patronne de Paris.


Epilogue.

Malgré les projets et les travaux de restauration menés depuis deux siècles, la crypte ne s'est jamais tout à fait remise de ces profanations détestables. Aujourd'hui les tombeaux ont retrouvé leur emplacement d'antan mais ils sont vides. On a bien ressorti quelques ossements des fosses mais a qui les attribuer ?

La tragi-comédie de ces révolutionnaires haineux et rageurs a tourné court. Ils avaient immolé Louis Capet le gros cochon et son autrichienne de femme sur l'échafaud de la liberté. En faisant saccager des tombes et piétiner plus de mille ans d'Histoire, ils voulaient anéantir jusqu'au souvenir des rois.

Mais le plus drôle était à venir. Louis XVIII revenu sur le trône en 1815 a fait exhumer les restes de Marie-Antoinette et de Louis XVI et les a en 'grandes pompes' conduits à Saint Denis dans la basilique. Tout ça pour ça.

Finalement c'est rigolo l'histoire.

FIN

 

 

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