.

Claude Baudemont


© Vinyl "Musique hors Bizness"
N° 50 de janvier 2006
FRIENDSHIP-FIRST.COM

Article paru dans le n° 50 du magazine VINYL de janvier 2006

COMME UN ETRANGER DANS LE VINYL

Chacun d'entre nous se souvient du film "Macadam Cowboy" interprété par le talentueux Dustin Hoffman. En revanche la voix chaude et grave qui interprétait une version française de la bande originale du film, peu s'en souviennent. Cette chanson Comme un étranger dans la ville était interprétée par Gilles Marchal. Auteur compositeur interprète il sortit vingt sept 45 tours de 1967 à 1985, dans la plus grande discrétion pour la plupart, et ne fit pas parler de lui dans les journaux à scandale. Gilles est un artiste "Hors bizness" qui composait ses chansons tout en continuant à mener une vie simple et tranquille ....

C'est en 1967 que sort chez AZ son premier EP, Le père noël est mort, qui ne restera pas dans les annales, puis en 1968, il édite le second toujours chez le même distributeur, Le chanteur d'amour. La même année, il enregistre chez CBE, alors dirigé par son ami Georges Chatelain, Dieu qu'elle était belle, un très joli slow. Premier succès en 1969, Summer Wine, où sa complice Martine Habib le rejoint pour ce duo, cette même chanson est égale­ment chantée par Marie Laforêt dans la version française Le Vin De l'été à laquelle participait Gérard Klein qui était à l'époque animateur radio avant de devenir "l'instit" que tout le monde connait.

Gilles et Martine se retrouvent en 1971 avec Window Seat, un titre très entraînant où leurs deux voix se marient à merveille. L'autre face de ce 45 Tours est la chanson du film "Trop petit mon ami". Where do people go. composé par le grand William Sheller. Mais revenons à l'année 1970 où Gillou interprète une chanson d'une voix grave à la Ferrat, ce qui est un compliment. Pauvre Buddy River. C'est encore une adaptation sur une musique signée par Lee Hazlewood et qui lui va comme un gant. Toujours la même année il chante L'étoile filante, B.O.E de "La Kermesse de l'Ouest" qui fut créée par Lee Marvin sous le titre Wanderin' Star.

En avril 1971 parait son premier 33 Tours reprenant la quasi-totalité de ses premières œuvres. Il sera réédité dans sa version originale - augmentée de quelques titres - en 1999 (Réf. Magic Records/Musidisc 187.662). Malheureusement c'est le seul CD que l'on puisse se procurer de nos jours. Dommage qu'il n'y ait pas eu de suite, car Gilles Marchal a sorti 2 autres albums qui mériteraient également une réédition. A la fin de l'année, il propose Liberté, un titre écrit par Jean-Max Rivière et Charles Orieux assez bien diffusé sur les ondes. En face B on retrouve Martine Habib qui compose Les rues de la ville.

En 1972, il rejoint l'écurie Motors (maison de disques de Christophe) où il adapte une chanson de Sonny Bono du couple Sonny & Cher, Un cow-boy n'est jamais tranquille (A cowboys work is never done). En 1973, il revient faire un clin d'oeil au cinéma en posant sa voix sur la chanson du film "Un homme libre" dont la musique est signée Francis Lai, excusez du peu.

Son 2ème album paraît chez Talar / Sonopresse en 1974. Les textes sont signés en partie par son ami Claude Lemesle, Gilles composant ici toutes les mélodies. Eddy Mitchell apporte sa plume sur un titre : La planète des rêves.
En 1976, Pathé Marconi l'accueille à son tour et sa nouvelle chanson un peu plus commerciale est signée par Jean-Pierre Bourtayre, Yves Dessca et Gilles lui-même On ne refait pas le monde avec une chanson. Elle passe un peu en radio et figure sur une compilation en cet été caniculaire. Il enchaîne en 1977 avec Jeanne est là une chanson aussi belle que la précédente, il est toujours entouré des mêmes auteurs.

Nouvel album en 1978 (avec un titre: Drôle de vie) et un style un peu plus personnel. La chanson titre se fait entendre sur les ondes, mais malgré d'autres jolis titres (L'amour muet, A ma mère, C'était en France, Les roses) il n'obtient pas le succès mérité.

En 1980, Gilles participe à un hommage à Claude François en présence de son fan club. Il est tellement marqué par l'attitude des fidèles qu'il en compose une superbe chanson, Ils ont perdu leur chanteur, "leur ami, l'amant de coeur, ils tournent comme des âmes en peine, ne dérangez pas leur coeur, ils ont perdu leur chanteur. ..". La face B, Les clefs sous la porte, nous fait comprendre que Gilles en a marre du monde de la chanson et qu'il pré­fère aller à la pêche et taquiner le gardon au bord de la rivière.

Courte réapparition en 1982 chez AZ avec son avant-dernier 45 Tours, Je t'aime trop et L'amitié avec Claude Lemesle à l'écriture. Là encore, transparence, il fait une seule télé et Daniel Guichard sur sa radio libre "Radio Bocal" pense à le passer de temps en temps. C'est en 1985 que Gilles met fin à sa carrière. en signant chez Carrère. Il reprend la célèbre chanson d'Hugues Aufray composée par Mort Shuman, Céline ....

Vingt ans ont passé et c'est le silence le plus complet. Grâce à Internet, j'ai consulté récemment le site le concernant. Une fan a fait un très beau travail avec discographies et photos. Il a certainement certaines chansons en réserve, même s'il n'en fait pas l'écho, le plus difficile étant de trouver un distributeur.
A tous ces artistes que j'ai tant admirés et dont Gilles fait partie, c'est une chance ­pour eux comme pour nous collectionneurs - qu'ils aient pu créer en ces années 60/70 car dans le système actuel, on ne leur laisserait pas le temps d'être aussi prolifiques. Désormais, en cas d'insuccès, pas de seconde chance aux nouveaux arrivants ! Il est tout de même inquiétant de constater que même ceux qui ont des années de route se font jeter comme des malpropres (voir Alain Chamfort dernièrement).

Qu'ils aient disparu de ce monde ou du monde de la chanson, ils ont eu le temps de laisser derrière eux un grand nombre de chansons que l'on ne se lasse pas d'entendre. Ils continuent de nous accompagner dans notre vie de tous les jours. Leurs chansons n'ont pas pris une ride et l'émotion est toujours intacte !

Merci à Claude Baudemont et à Robin Rigaut de m'avoir permis de reproduire cet article intégralement. ADRIENNE